Ma tête, mon cul ...mon porte-feuille
Il y a trop de blanc et de mauve sur les visages en salle de réunion, putains de néons... Je suis assis et j'attends mon boss... la pièce est presque agréable quand elle est vide... j'ai le palpitant à 4 000 tours... je suis le fusillé et le peloton d'exécution ... c'est ça d'être polyvalent...
Tout redéfile très vite dans ma petite tête jamais très clean... le jour de mon embauche il y a quelques années... j'étais sûr de moi à l'époque ... comment ne pas l'être quand on est armé d'un short très très court et d'un micro-débardeur... j'étais alors très calculateur ... et gaulé en règle d'or.
Pourtant ''tout change et se transforme'' ( Lavoisier, Lavoine, Lara Fabian...je ne sais plus trop ), je n'ai vraiment plus rien du tout d'une gravure de mode et je doute, vive l'évolution; j'attends dans ma peau jaunâtre et distendue l'homme toujours en retard.
Et je dois me demander alors : " Est-ce que je travaile vraiment à ma propre perte... ?"
Dans l'ordre :
- Me brouiller avec papa richissime et perdre tout soutien financier familial,
- Larguer le boyfriend blindé qui m'aimait, me mettait à l'abri du climat et de la conjoncture économique,
et maintenant :
- Quitter taf surpayé à rien fouttre de toute la sainte journée...
Pour reprendre les études.
Pour le cadeau bonux à la clé... l'indépendance ?
La porte en bois noir et cuir s'ouvre, l'homme en retard me lance un sourire désolé.
Je lui explique mes projets tandis qu'il me démontre par ( A+B-Z/T = 0 ) que je vais droit dans le mur... que je suis comme un fils pour lui et que je fais tous les mauvais choix... mais je persiste en le remerciant de tout ce qu'il m'a apporté.
Je m'engage donc dans quelques années d'indigence sévère, je vais être pauvre ... très pauvre ... je ne sais même pas trop encore comment je vais réussir à bouffer... et si je serai diplomé en sortant du couloir de la mort.
J'ai peur mais je suis aussi soulagé ... je me le suis enfin prouvé, je ne suis pas matérialiste, je ne suis pas le résultat de la 'formation machine de guerre' de mes parents...
Ma tête, mon cul... mon porte-feuille... sont bien les miens... il n'appartiennent à personne d'autre.