
Il était l'heure d'avant-hier et mes sacs en or gaufré avait répandu leur vomi capiteux sur les lattes noires du parquet d'ébène, il y avait un soleil apathique pour éclairage unique et des dentelles dans le congélateur.
Maman n'avait pas laissé de message sur le répondeur, elle était peut être morte et je n'avais plus rien à mettre pour un enterrement printanier, les gens meurent n'importe quand ces jours-ci, surtout ceux qui prétendent vous aimer.
Mon père, ce cochon, s'est pendu dans la maison que je préférais, dans le salon que je chérissais, au milieu des vacances d'hiver, celles que je préfère... Nous dûmes vendre la maison, sa vue et son piano tandis que j'écourtais ma villégiature pour le manquer de peu, une dernière fois.
Ainsi je survivais péniblement entre les absences d'esprit des uns et le corps envahissant des autres... j'attendais chaque drame en téléphonant à des amis vivant très loin, en parlant très fort des dialectes exotiques dans les cafés bourrés de bourgeois névralgifiés par la contingence... je révisais mes maths en décalages horaires et souriais doucement aux trimeurs qui fraîchissait mon air.
Il était bientôt l'heure d'avant-hier moins le quart, j'avais de mes pieds nus écrasé le thé dans le soleil et la dentelle. Le téléphone retentit, maman n'était pas morte et j'étais en retard quelque part ailleurs qu'ici.