J'avais comme un creux, une petite faim insatiable logée quelque part entre la ceinture abdominale et l'anus... j'ai mangé, puis dévoré, puis englouti... le vide enflait avec mes mensurations, j'attendais d'être une sphère parfaite, d'observer en temps réel dans la glace mes deux yeux disparaître, avalés par la chair, par le rien.
Pourtant je n'ai pas su me gaver suffisamment...
Alors le vide s'est resserré, il s'est concentré pour me remonter dans le coeur, se répandre partout dans les veines, j'ai senti tout mon être irrigué par un néant vorace.
C'est un émoi particulier que celui du muscle rongé par ses artères, c'est un cri blanc que celui du poumon figé comme un arbrisseau de verre.
J'aurais voulu pleurer mes les yeux étaient creux à leur tour, s'opacifiaient lentement, prenaient une qualité de porcelaine; Quand ils seraient bien durs, bien lourds, ils tomberaient, sans doute l'un avant l'autre, se briseraient au sol en une infinité de minuscules éclats secs.
Je goûtait, fugace, la jouissance prétentieuse du héro tragique à la semonce du fatum;
J'eu pu m'en contenter plus longtemps si le mal ne m'avait paru si ordinaire.
La vulgarité de ma détresse concave m'en éloigna, je n'avais plus qu'à trouver une autre misère, unique, surnaturelle...