Monstres fragiles.
En contre plongée-américaine, j'ai vue sur son large menton qu'il ride comme un bébé mécontent, ses narines sont petites, aucun poil n'en dépasse... je me dis que c'est un vrai blond, les points de barbe à son cou sont dorés.
Il n'est pas vraiment beau, vraiment pas, j'aime juste l'angle plat de sa grosse machoire.
Il faut que je râle, il commence à m'écraser les côtes.
Comme il penche sa face vers la mienne, je me prends son haleine grave et son regard en fentes grises; il a les petits yeux d'un chat siamois qui serait mort depuis quelques heures. Je dois être rouge maintenant, j'imagine comme mes joues tombes un peu sur les côtés en s'épatant, comme l'amande de mes yeux s' exagère.
- Lève-toi tu m'écrases !
Alors je réalise comme mes mots ont l'accent métalique de 10 générations de colonisateurs et de femmes empesées... sa grotesque tronche simiesque me crache une moue heurtée. J'aimerais lui dire qu'au fond je l'aime bien mais je ne sais pas faire ça, je ne ressens rien, un vide nourri et content meut ma pensée, mon verbe.
Derrière son épaule je croise mon propre regard dans la glace de la coiffeuse, finalement je ne suis pas rouge, j'ai juste les cheuveux dérangés. Dans le mirroir je vois nettement des marques sur son dos, des zébrures mates, des vieilles cicatrices... je les compte quand il rompt le silence.
- Tu penses à quelque chose ?
- Je me disais que je t'aime bien...